Vet-Info
L’expérience professionnelle facilite le début de carrière
Une enquête montre ce que les étudiants ainsi que les vétérinaires en début de carrière pensent des études de médecine vétérinaire – et met en lumière les raisons d’un changement de profession.
Près d’un tiers des étudiantes et étudiants actuellement inscrits ont déjà envisagé d’abandonner leurs études de médecine vétérinaire. C’est ce que montre le rapport «Évaluation des études de médecine vétérinaire: enquête auprès des étudiantes et étudiants actuels et anciens», rédigé par Véronique Eicher et Lars Balzer de la Haute école fédérale en formation professionnelle (HEFP) sur mandat de la Faculté Vetsuisse des universités de Zurich et de Berne.
Le rapport repose sur une enquête menée fin 2025 auprès de personnes ayant étudié ou étudiant actuellement la médecine vétérinaire aux universités de Berne et de Zurich. Pour le groupe des anciennes étudiantes et anciens étudiants, toutes les personnes ayant commencé leurs études à partir de 2010 ont été contactées. Au total, 723 personnes ont participé à l’enquête. Parmi elles, 297 ont achevé leurs études avec succès, 339 étudient encore et 87 ont abandonné leurs études. Cela correspond à un taux de réponse de 29,1%.
Des attentes erronées
Les personnes interrogées ont indiqué s’être bien informées au préalable sur les études de médecine vétérinaire et sur le quotidien professionnel. Pourtant, les études n’ont pas répondu à leurs attentes. Les personnes ayant abandonné leurs études ont toutefois été plus nombreuses que les autres à déclarer s’être bien informées sur les études. Ce sont aussi elles qui ont le plus souvent indiqué que les études ne correspondaient pas à l’idée qu’elles s’en étaient faite. Le rapport constate donc: «Il reste à déterminer si les informations disponibles ne reflètent pas suffisamment la réalité ou si les personnes interrogées surestiment les recherches d’informations qu’elles ont elles-mêmes menées avant leurs études.»
Près de la moitié des personnes ayant abandonné leurs études de médecine vétérinaire l’ont fait au cours de la première année. Un peu plus d’un quart l’ont fait au cours de la deuxième année. Elles ont cité comme principale raison de leur abandon la forte charge psychologique liée aux études; elles ont également indiqué que celles-ci ne correspondaient pas à leurs attentes. Les études ont également été jugées trop théoriques, pas assez axées sur la pratique et trop difficiles. Il est intéressant de noter que les personnes ayant abandonné leurs études étaient plus souvent issues du milieu agricole que celles qui les avaient menées à bien.
Les personnes qui avaient envisagé d’abandonner leurs études, mais qui les ont finalement achevées, ont cité la charge psychologique comme principale raison d’un éventuel abandon. Chez les étudiantes et étudiants actuels également, la forte charge psychologique est, avec le niveau de difficulté élevé, la principale raison d’envisager un abandon. Le rapport indique à ce sujet: «Concernant la charge psychologique, il convient de relever que 29% des étudiantes et étudiants en Suisse (35% chez les femmes) font état de symptômes dépressifs modérés à sévères, de sorte qu’il s’agit d’une problématique qui touche de manière générale la population étudiante.»
La question linguistique
De manière générale, l’enquête montre que les étudiantes et étudiants actuels et anciens décrivent les études de médecine vétérinaire comme très exigeantes et éprouvantes. Ils citent la complexité et la quantité des contenus, l’organisation des études ainsi qu’une communication peu claire. Les étudiantes et étudiants de Suisse romande et de Suisse italienne soulignent en outre la difficulté de devoir suivre ces études, déjà exigeantes en elles-mêmes, dans une langue étrangère plutôt que dans leur langue maternelle. Cela reste un inconvénient majeur en Suisse.
L’expérience est un atout
Parmi les personnes ayant achevé leurs études avec succès, environ deux tiers sont salariées dans un cabinet ou une clinique vétérinaire. Environ une personne sur dix exerce à son compte. Presque toutes ont, à un moment ou à un autre, exercé dans le domaine vétérinaire, et la plupart y travaillent encore aujourd’hui. Seulement 5% ne travaillent plus dans le domaine vétérinaire; la moitié de ces personnes souhaitent toutefois y revenir.
Les personnes qui ont travaillé dans des cabinets vétérinaires pendant leurs études – que ce soit dans le cadre d’un stage ou d’un emploi étudiant – ont été plus nombreuses à estimer que leurs études les avaient bien préparées à leur quotidien professionnel. En revanche, celles qui n’ont pas travaillé pendant leurs études, ou pas dans le domaine vétérinaire, ont plutôt indiqué que leur entrée dans la vie professionnelle avait été complètement différente de ce qu’elles avaient imaginé pendant leurs études. Le rapport en conclut: «Cela indique que le travail pratique pendant les études (que ce soit dans le cadre d’un stage ou d’un emploi étudiant) est important pour bien débuter dans la vie professionnelle.»
Le plaisir d’exercer
La grande majorité s’identifie à la profession de vétérinaire, en est fière et l’exerce avec plaisir. Malgré cela, deux tiers font état de conditions de travail difficiles: une rémunération trop faible, des horaires de travail contraignants et la difficulté à concilier vie professionnelle et vie familiale. Les quelques personnes interrogées qui ne travaillent plus en cabinet, voire plus du tout dans le domaine vétérinaire, citent d’ailleurs une rémunération inadéquate et les horaires de travail comme raisons de leur réorientation professionnelle. Cela confirme que les conditions de travail doivent rester un enjeu important pour l’association professionnelle.
Outil d’auto-évaluation
Depuis le début de l'année, les personnes en cours de gymnase peuvent, grâce à l'auto-évaluation en ligne (Online-Self-Assessment, OSA) dédiée à la médecine vétérinaire, se faire une idée réaliste des études et du métier de vétérinaire. L’outil assure une auto-évaluation approfondie et donne un aperçu des exigences techniques, personnelles et professionnelles du métier de vétérinaire, de manière différenciée et concrète, survolant toute la diversité du champ d’activité. La Société des Vétérinaires Suisse (SVS) a participé au processus de développement et de révision de l’OSA réalisé par l’Université de Berne. L’OSA contribue à réaliser un choix d’études réfléchi et à générer des attentes réalistes en matière d’études et de profession.

