Communication de l'association
«J’apporte du savoir, pas d’infrastructure»
Johannes Kaufmann dispense en Gambie, avec son confrère Marco Bono, des cours à des étudiantes et étudiants en médecine vétérinaire ainsi qu’à des personnes qui s’occupent d’animaux.
Profiter tranquillement de sa retraite: très peu pour Johannes Kaufmann. Ces deux dernières années, ce vétérinaire s’est rendu trois fois en Gambie. Il apporte son soutien à une clinique de brousse située dans la localité reculée de Bansang, où il transmet son savoir.
Il a lui-même fondé la «Bansang Gate Clinic» il y a plusieurs décennies, alors qu’il travaillait à l’International Trypanotolerance Center (ITC), qui est depuis devenu le West African Livestock Innovation Center (WALIC). Avec sa femme et ses deux enfants, il a vécu de 1986 à 1990 en pleine brousse, loin des centres culturels et touristiques. «La vie était très rudimentaire», raconte Johannes Kaufmann. «Nous n’avions ni électricité ni téléphone, et nous allions puiser l’eau au puits.»
À cette époque, il a mené des recherches sur le terrain et a rédigé l’atlas diagnostique «Parasitic Infections of Domestic Animals», qui est encore utilisé aujourd’hui en Afrique de l’Ouest, tant dans la formation que dans la pratique. Parallèlement à son travail à l’ITC, il a également commencé à soigner des animaux. «Les gens venaient avec leurs chevaux, leurs ânes et leurs animaux de trait, qui avaient pour eux une grande valeur.» C’est ainsi qu’est née la «Bansang Gate Clinic». À leur retour en Suisse, un jeune homme que Johannes Kaufmann avait engagé a repris la gestion de la clinique et l’a assurée pendant toutes ces années.
«Peu d’évolution»
Après son départ à la retraite, Johannes Kaufmann a délibérément choisi de s’engager en Gambie. «Le pays a souffert des années de dictature; il n’a pratiquement pas évolué.» Ancienne colonie britannique, la Gambie a fait partie du Commonwealth jusqu’en 2013. Pendant longtemps, les personnes souhaitant poursuivre des études supérieures devaient se rendre en Angleterre, faute d’universités sur place. «C’est pourquoi la Gambie compte si peu de vétérinaires, et les rares qui y exercent ont été formés à l’étranger.» Mais la situation évolue: dans le plus petit pays d’Afrique, la première volée d’étudiantes et d’étudiants en médecine vétérinaire est actuellement en formation.
Johannes Kaufmann a acheté de nouveaux instruments pour la Gate Clinic. Il a également doté les trois centres du WALIC, répartis dans le pays, de stérilisateurs, de microscopes, de centrifugeuses à microhématocrite, d’instruments chirurgicaux, de matériel de suture, de filtres à eau et d’un stock initial de médicaments. «Je paie tout cela de ma poche.» Mais une chose est claire pour lui: ce matériel constitue un équipement de base pour démarrer. À l’avenir, il ne souhaite plus investir dans du matériel, ni même dans des bâtiments, mais se consacrer à la formation vétérinaire. «J’apporte du savoir, pas d’infrastructure.» Il tient à remercier tous les vétérinaires suisses qui ont répondu à son appel en lui envoyant des manuels. Ces ouvrages constituent le socle de connaissances sur lequel reposent son travail en Gambie et le nouveau cursus de médecine vétérinaire.
Transmettre son expérience
Le WALIC est aujourd’hui un institut de recherche agricole où doivent également être formés des collaboratrices et collaborateurs agricoles ainsi que des assistantes et assistants vétérinaires, actuellement surtout dans le cadre de cours organisés par Johannes Kaufmann avec son collègue suisse Marco Bono. «Je souhaite transmettre mon expérience et mes connaissances aux jeunes.»
Les participantes et participants aux cours, parmi lesquels figurent les étudiantes et étudiants de la première volée de médecine vétérinaire, reçoivent un polycopié, une petite trousse d’instruments chirurgicaux, du matériel de perfusion, un iodophore pour la désinfection, une seringue réutilisable avec des aiguilles et un tuyau en caoutchouc. «C’est la première leçon du cours: en Gambie, le climat est très sec et chaud – la plupart des animaux malades sont déshydratés», explique Johannes Kaufmann. «Grâce à ce simple tuyau en caoutchouc et à une solution saline isotonique, nous pouvons déjà aider la plupart des animaux.» Mais la chirurgie d’urgence, l’obstétrique et l’anesthésie figurent également au programme. «Nous voulons transmettre des techniques médicales et chirurgicales simples et robustes, adaptées au travail vétérinaire quotidien sur le terrain.»
En Gambie, anesthésier les animaux ne va pas de soi. «J’ai dû expliquer au directeur de l’université vétérinaire que l’anesthésie est importante tant pour le bien-être des animaux que pour la cicatrisation des plaies», explique Johannes Kaufmann. Cette pratique est désormais aussi enseignée à l’université. «En Gambie, nous misons sur une anesthésie très simple, sans inhalation, à base de xylazine et de lidocaïne», précise le vétérinaire. «L’objectif est que ces deux produits soient bon marché et disponibles dans tout le pays.»
Donner du sens à sa retraite
Le vétérinaire de 68 ans ne se voile pas la face: la corruption en Gambie continue de compliquer bien des choses. «Je cherche des solutions», dit-il. «La majeure partie de la population gambienne n’a aucune perspective d’avenir – c’est une triste réalité, mais cela ne m’empêche pas de continuer. Car le monde ne s’améliorera que si l’on donne aux gens les moyens d’agir.»
Mais ce projet lui apporte aussi beaucoup. Il y a retrouvé sa place de mentor, d’enseignant et de bâtisseur de ponts, rôles qu’il exerçait déjà dans son cabinet et comme auteur de livres. «Ce projet donne à ma retraite un sens qui va au-delà des loisirs et de la consommation.»
Une vie marquée par le changement
Après ses études, Johannes Kaufmann a exercé pendant trois ans comme assistant dans un cabinet vétérinaire mixte pour grands et petits animaux. Il a ensuite mené des recherches de terrain pour l’Université de Berne et dirigé une clinique de brousse en Gambie. Plus tard, il a été maître-assistant et chargé de cours en parasitologie à l’Hôpital vétérinaire de Berne, a travaillé de 1998 à 2002 comme attaché scientifique à l’ambassade de Suisse à Washington, puis a dirigé l’Office fédéral pour la promotion de l’innovation. A l’âge de 54 ans, il a ouvert son propre cabinet vétérinaire. Il a écrit deux livres relatant des anecdotes tirées de son quotidien professionnel. Depuis son départ à la retraite, il se consacre à nouveau à sa clinique de brousse en Gambie.
Recherche de bénévoles
Kaufmann répond 24 heures sur 24, via WhatsApp, aux questions de vétérinaires et de gardiens d’animaux en Gambie. Il cherche des vétérinaires suisses pour étoffer ce réseau de spécialistes. Cela vous intéresse? johannes.kaufmann58@gmail.com

