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Les ânes: ne pas sous-estimer ces animaux exigeants
Les ânes sont considérés à tort comme des animaux robustes et peu exigeants. Les personnes qui en détiennent savent cependant que cette espèce sensible a des besoins très spécifiques.
Les ânes vivent au contact des êtres humains depuis des millénaires. En Suisse, ils sont aujourd’hui le plus souvent détenus comme animaux de loisirs, pour tenir compagnie à d’autres animaux ou pour entretenir le paysage. Comme ils sont calmes et ont la réputation d’être adaptables, leurs besoins sont parfois sous-estimés. C’est précisément pour dissiper ces malentendus que l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a publié une nouvelle fiche thématique sur les ânes. Ces animaux sont originaires de régions sèches, rocailleuses et arides, ce qui explique leurs besoins particuliers en termes de climat, de sol, d’alimentation et de soins. Transposer les concepts adaptés à la détention des chevaux ne fonctionne pas: les ânes ne sont pas de petits chevaux. La fiche thématique «Détention conforme des ânes: ânes et chevaux ont des besoins différents» présente les dispositions légales à respecter en matière de protection des animaux et s’adresse aussi bien aux détenteurs d’animaux qu’aux autorités d’exécution.
Des animaux sociables
Les ânes sont des animaux très sociables. Pour leur bien-être, ils doivent impérativement avoir des contacts avec des congénères (par ex.: âne, mulet ou bardot). Les détenir uniquement avec des chevaux, sans congénères, n’est donc pas conforme à leurs besoins et n’est pas autorisé. L’OSAV exige que les ânes aient des contacts visuel, auditif et olfactif avec au moins deux animaux congénères. Il est recommandé de les détenir en groupes d’ânes ou en groupes mixtes stables avec d’autres équidés, à condition que la structure sociale soit harmonieuse. Il est important que chaque animal ait des interactions sociales, mais aussi suffisamment d’espace pour se retirer. Les conflits surviennent souvent lorsque les animaux n’ont pas assez d’espace ou lorsque la composition du groupe n’est pas adaptée.
La fiche thématique explique aussi comment protéger les ânes contre les intempéries, ce qui est absolument essentiel. Ces animaux sont plus sensibles à l’humidité et au froid persistants que les chevaux. Il est recommandé de leur garantir à tout moment l’accès à une zone sèche où ils peuvent s’abriter des courants d’air. Cette zone doit être suffisamment grande pour que tous les animaux puissent s’y coucher en même temps.
Les ânes ont besoin de mouvement, raison pour laquelle leur aire de sortie doit être suffisamment grande et proposer des surfaces structurées avec différents types de sols afin de favoriser l’activité et de prévenir les problèmes de santé. Des sols humides, mal drainés ou durablement boueux peuvent causer des problèmes de sabots, car les ânes sont faits pour les sols secs.
Une alimentation adéquate
L’alimentation des ânes est très spécifique et il est facile de commettre des erreurs. Ces animaux ont besoin d’aliments riches en fibres et pauvres en énergie, c’est-à-dire essentiellement de foin bien structuré ou de paille de bonne qualité. Des rations trop riches en énergie, des céréales ou l’accès à des pâturages riches en nutriments entraînent rapidement un surpoids et des maladies métaboliques qui y sont associées, telles que le syndrome métabolique équin (SME). L’accès au pâturage doit donc être contrôlé et, le cas échéant, limité dans le temps. Les ânes doivent toujours disposer d’eau potable fraîche et des minéraux dont ils ont besoin (par ex.: pierre à lécher). Pour l’alimentation des ânes, le mieux est souvent l’ennemi du bien.
Prévenir les maladies
Bien souvent, les ânes ne manifestent leur douleur que lorsque la maladie dont ils souffrent est déjà bien avancée: pathologies dentaires, perte de poids insidieuse ou début de fourbure sont ainsi parfois détectés assez tard. Ce comportement stoïque ne doit pas être confondu avec de la robustesse – les vétérinaires aussi doivent y penser! Par conséquent, il est important de faire examiner régulièrement les ânes par des professionnels. Les détenteurs doivent observer leurs animaux au quotidien et notamment surveiller leur condition physique, leur comportement alimentaire et leurs mouvements.
Les signes annonciateurs caractéristiques de maladie sont souvent négligés: activité réduite, vocalisations inhabituelles, légères boiteries ou diminution de l’appétit. Les sabots doivent aussi être régulièrement soignés, car un mauvais entretien peut entraîner de graves boiteries et des dommages à long terme. Pour prendre soin des ânes correctement, il ne faut pas oublier le contrôle des dents, les vaccinations et une gestion adaptée des parasites.
Ce n’est pas de l’entêtement
Les ânes sont considérés comme des animaux indépendants et prudents. Ce comportement réfléchi est souvent interprété à tort comme de l’entêtement. En réalité, les ânes évaluent soigneusement la situation avant de réagir. Il est essentiel de les traiter avec calme, patience et compétence. Les surmener, les utiliser d’une façon inappropriée ou leur infliger de mauvais traitements est contraire aux principes du bien-être animal. Détenir des ânes en respectant leurs besoins se traduit dans les efforts faits au quotidien.
Les ânes peuvent vivre plusieurs dizaines d’années: c’est une responsabilité à long terme pour les détenteurs. La fiche thématique de l’OSAV fournit un cadre clair et contraignant afin de garantir que les ânes sont détenus de façon responsable et éclairée. Mettre en œuvre les mesures qu’elle propose permet de protéger les animaux et aide les détenteurs à respecter les dispositions de la législation suisse sur la protection des animaux.
Un équidé sur dix en Suisse est un âne
Lucia Unger et Solange Oesch, de la clinique équine ISME de la Faculté Vetsuisse de Berne, saluent la fiche thématique de l’OSAV (cf. texte principal). Le travail de doctorat de Julia Schäfer «Management, health, and veterinary care of donkeys in Switzerland: A cross-sectional study» (ASMV 12_2024) a montré qu’en 2023, 42 % des ânes en Suisse vivaient en groupes sans autre âne, ce qui n’est plus autorisé depuis début 2025 pour les nouveaux groupes. Unger et Oesch constatent que les personnes détenant des ânes sont souvent insuffisamment informées sur leurs besoins. «Certaines pensent que les ânes sont moins exigeants que les chevaux», explique Oesch. Unger ajoute: «Mais il y a aussi des personnes engagées qui suivent des cours sur la détention d’ânes.» Même parmi les vétérinaires, les connaissances spécifiques à ces animaux font parfois défaut. Les quelques cours consacrés aux ânes ne suffisent pas. «Un équidé sur dix en Suisse est un âne, il y a donc matière à amélioration.»

